C’est une plongée inédite dans les coulisses du salariat low-cost. Afin de renvoyer Ryainair devant le tribunal pour travail dissimulé, la justice française s’est appuyée sur l’enquête des gendarmes de l’Office central de lutte contre le travail illégal. Pendant 2 ans, ils ont recueilli documents et témoignages qui font froid dans le dos.
Souvent, hôtesses et stewards ont postulé après avoir lu une annonce alléchante : « Vivez la vraie vie. Nouveaux amis, fun, et la satisfaction du travail réel. », promettait l’une d’elle.
Carlos y a répondu, il avait 22 ans. Il a donc passé un entretien d’embauche à Lisbonne. Puis il a été convoqué à une formation de 6 semaines. « Il fallait que je verse 500€ avant le premier jour afin que j’intègre au plus vite la formation. » Elle coûtait 2000 € s’il payait tout de suite. Il ne pouvait pas et a dû en payer 2 3000. « C’est un véritable business, a commenté pendant l’enquête, un commandant de bord. En faisant tourner son personnel de cabine, ça permet de recruter sans arrêt du nouveau personnel qui va payer 2000 € de formation. »
Les salariés doivent aussi acheter leur uniforme, 120 € ! Les salariés qui touchent en moyenne 2000 € par mois, pour 2 à 4 vols par jour (les temps de préparation, d’attente et de retard ne sont pas payés), sont obligé d’ouvrir un compte en Irlande pour toucher leur salaire, les impôts Irlandais étant prélevé à source.
Ces contrats étrangers permettent à Ryanair d’appliquer la très peu protectrice législation locale. « Compte tenu de votre emploi et du secteur, précise le contrat d’un steward, la compagnie peut vous demander de travailler à toute heure et n’importe quel jour, même les dimanches et les jours fériés. Votre rémunération a été calculée pour tenir compte de cela. »
Pas plus de 20 jours de vacances par an, payés 60 € par jour pour les salariés. En cas de maladie ou d’hospitalisation ? Un steward répond : « Je ne suis remboursé de rien » Et en cas d’arrêt de travail ? « Ce qui n’est pas travaillé n’est pas payé ». Les salariés ne voient jamais la médecine du travail mais, dans leurs contrats on peut lire cette savoureuse consigne : « Vous êtes prié d’entretenir votre santé pour remplir vos obligations de personnel de cabine. »
Et pour finir Ryanair se décharge de toute représentation syndicale. « On a un représentant, précise un chef de cabine, mais il est en Irlande et on ne l’a pas élu. » De toute façon, un mémé interne reçu par les salariés à l’embauche prévient : « Nous ne négocions pas avec un syndicat. »
SOURCE : LIBERATION
Commentaires